GerMANIA à l’Opéra de Lyon, 4 juin 2018

vendredi 15 juin 2018
par  Marie-Line Bouhatous

Dans le cadre du dispositif « Lycéens à l’opéra » financé par la Région, les élèves de seconde 1, dont une vingtaine suivent l’enseignement d’exploration « arts du son » sont allés voir GerMANIA à l’opéra de Lyon le 4 juin.

Commande de l’Opéra de Lyon, GerMANIA est une oeuvre du compositeur russe Raskatov (1953). Elle a donc été donnée en création mondiale à l’opéra de Lyon du 19 mai au 4 juin 2018.
Cet opéra a été composé à partir de deux textes du dramaturge Heiner Müller. Il plonge le spectateur dans une époque charnière du 20ème siècle où s’affrontent deux régimes totalitaires : nazisme et communisme.
L’originalité de l’oeuvre, c’est qu’elle ne propose pas de narration continue, mais une série de courtes scènes, sortes d’instantanés sur toile de fond d’une page sinistre de l’histoire. Les très nombreux personnages (37), dont Hitler, Staline, Bertold Brecht, Youri Gagarine, etc… cohabitent parfois de façon anachronique.

S’est posée dès lors la question de la préparation en classe : si le cours d’histoire a été l’occasion de rappeler cette sombre période du XXème siècle, le cours de français l’occasion d’aborder le théâtre contemporain, la préparation musicale était moins évidente puisque, l’oeuvre étant une création, aucun enregistrement n’en est disponible.
Dans un premier temps, les élèves ont travaillé sur la Symphonie Leningrad de Chostakovitch, permettant d’aborder la question de l’artiste dans une régime de dictature. Puis, ils ont été invités à un travail de création vocale et instrumentale sous forme de courtes satires, par petits groupes, en incarnant de grands personnages ayant vécu à différentes époques et étudiés en cours d’histoire (Périclès, Michel Ange, Luther, Louis XVI, Napoléon, etc…). Il leur a été demandé d’utiliser leurs voix de la façon la plus variée possible et de privilégier l’improvisation.

Cet opéra a été pour de nombreux élèves une première rencontre avec l’art lyrique, peut être pas des plus faciles, mais percutante et suscitant de nombreux questionnements.
D’une part, la musique de Raskatov est à l’image de la satire : dure, dramatique, grinçante et bien souvent dissonante. L’orchestre propose des sonorités très originales et inouïes au sens propre du terme, et l’on a pu notamment remarquer la présence de nombreux accessoires venant souligner l’action et utilisés à la façon du mickeymousing au cinéma. Mais surtout, le traitement vocal exploite jusqu’aux dernières limites les possibilités des chanteurs : registres extrêmes, passages très rapides de voix de tête à voix de poitrine, cris, etc…et il faut saluer les performances vraiment hors normes des interprètes.

Le décor unique nous a fortement rappelé l’installation « Personnes » de Christian Boltanski au Grand Palais (Monumenta 2010) et de ce magma de vêtements et de corps que l’on croyait inertes émergeaient parfois des formes inquiétantes qui s’animaient et chantaient.
Pour finir, tel un Deus ex machina, Youri Gagarine surgit dans l’espace et conclue de façon pessimiste le drame : « Sombre est l’espace, très sombre ».

Après le spectacle, les élèves d’arts du son ont commenté des critiques parues dans la presse : Forum Opéra, Scène Web, Diapason, Le Monde, Olyrix.

Voici quelques témoignages d’élèves à propos de ce spectacle :

« J’ai été étonnée, car je m’attendais à une pièce plus complexe à comprendre sur le plan spatio-temporel » (Dénia)

« J’ai trouvé que la musique collait bien à l’histoire : chargée, sèche et dure ». (Armelle)

« Cet opéra est très intéressant d’un point de vue technique, que ce soit au niveau du chant (chanteurs virtuoses navigant entre divers registres) de la musique dissonante utilisant des instruments variés et atypiques, de la mise en scène ingénieuse et impressionnante. Par contre, j’ai trouvé l’histoire lourde et oppressante, certains passages de violence m’ont vraiment mis mal à l’aise. Mais en écoeurant le spectateur par cette violence et cette folie permanente, on fait prendre conscience aux gens de l’horreur de cette période. » (Nina)

" La compréhension de l’oeuvre a été facilitée par les sous-titrages, j’ai donc pu suivre l’histoire et beaucoup aimé le déroulement et l’organisation de l’oeuvre. Par exemple, le décor sur tournette m’a beaucoup plu. Mes scènes préférées ont été celles du Géant Rose avec son ambiance angoissante, et la scène où apparaît Youri Gagarine.
(Camille)

« J’ai beaucoup aimé l’expérience de l’opéra, car je n’y étais jamais allée et j’ai été agréablement surprise par la mise en scène et la capacité des chanteurs à utiliser leurs voix de manière inhabituelle. J’ai préféré le Final avec le requiem et les paroles de Gagarine qui donnent un sens et une fin logique à l’oeuvre. »
(Oriane)

« C’était pour moi une première d’assister à un opéra, donc je ne peux le comparer à aucun autre. Toutefois, ce fut très émouvant, bien qu’alterner la lecture des sous titres et regarder la scène m’a coûté quelques moments de déconcentration. »
(Jérémie)

« Cet opéra amène à une réflexion et à se rendre compte de toute l’horreur de la guerre ». (Pauline)

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